« Mercredi, dix soldats du CNDP sont apparus devant ma maison dans le quartier de Mabungo. Mon mari ne les a pas vus, et il a voulu quitter la cuisine attenante pour me rejoindre dans la maison principale. Mais dès qu’ila mis le pied dehors, les soldats lui ont tiré dessus, une fois dans l’oeil et une fois dans le ventre. Tous ses intestins sont sortis. Mon mari était fermier. Il avait 50 ans et il n’a jamais aidé les Maï Maï. Il n’avait pas d’arme ».
Laurent Nkunda, le 22 novembre 2008. ( Photo : Reuters )

Laurent Nkunda, le 22 novembre 2008. ( Photo : Reuters )

 

Témoignait le 30 novembre 2008 à Kiwanja un témoin rencontré par Human Rights Watch.

Environ 150 personnes avaient été tuées à Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru (Nord-Kivu) les 4 et 5 novembre 2008. La plupart avaient été exécutées sommairement par les forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda. Ce massacre avait eu lieu à proximité d’une position des soldats de l’ONU.

Les troupes du CNDP ont conquis Rutshuru et Kiwanja le 29 octobre presque sans combat. Trois jours plus tard, le CNDP va nommer son propre administrateur territorial, Jules Simpenzwe. Alors que la réaction de l’armée était attendue, ce sont plutôt les miliciens Maï Maï (PARECO Kasareka et Maï Maï  Jéremie) qui sonnent la révolte. Le 4 novembre plus de 100 combattants lancent une offensive et parviennent à repousser le CNDP hors de la cité.

Une victoire de courte durée. Dès le lendemain, le CNDP reprend Kiwanja  suite à une contre-attaque avec des armes lourdes telles que des mortiers et des roquettes.

« A 2h de l’après-midi le 5 novembre, les troupes de Kunda avaient repris le contrôle de Kiwanja. Les rebelles ont alors patrouillé dans les rues et ordonné à la population civile de quitter la ville, prévenant que tous ceux qui resteraient seraient considérés comme des combattants ou des sympathisants Maï Maï. Quelques personnes ayant fui ont été arrêtées et renvoyées chez elles par d’autres combattants du CNDP, tandis que d’autres n’ont pas entendu l’ordre on bien ont eu trop peur pour fuir. Des centaines de civils étaient parvenus à Rutshuru et à la base de la MONUC à Kiwanja avant la fin de l’après-midi », explique Human Rights Watch dans un rapport.

Il va s’en suivre une véritable chasse aux présumés combattants Maï Maï ou tout celui aurait aidé ou facilité leur entrée dans Kiwanja surtout à Buhunda, Buzito, Buturande, Mabungo, Nyongera et Kachemu, peut-être parce que certains des combats les plus intenses avaient eu lieu dans ces zones.

Human Rights Watch estime qu’au moins 150 personnes avaient été tuées les 4 et 5 novembre à Kiwanja.

« Selon des témoins, les soldats du CNDP ont enfoncé les portes, demandant de l’argent et des téléphones portables, puis abattant ou tuant d’autres façons les hommes ou les garçons qu’ils trouvaient. Ils les ont massacrés devant leurs familles dans leurs maisons, devant leurs maisons ou dans les rues avoisinantes. Des femmes, dont certaines qui essayaient de protéger d’autres membres de leurs familles, ont également été tuées »

Des combattants CNDP ont violé au moins 16 femmes et filles dans leurs maisons, leurs fermes ou sur les routes au cours des semaines qui ont suivi la prise de Kiwanja et Rutshuru par le CNDP.

A la suite de sa prise de contrôle de Rutshuru et de Kiwanja, le CNDP avait recruté par la force des dizaines de jeunes hommes et garçons pour le service militaire. D’autres hommes et garçons, souvent accusés d’être des sympathisants des Maï Maï, ont été enlevés par le CNDP et n’ont pas été revus depuis, ajoute le document.

HRW avait aussi rapporté que durant la brève période des 4 et 5 novembre où les combattants Maï Maï ont contrôlé Kiwanja, ils ont délibérément tué des civils, soit parce qu’ils les soupçonnaient de soutenir le CNDP, soit parce qu’ils voulaient les voler.

L’ONG notait également les bévues de l’armée congolaise.

« Le 28 octobre, les soldats de l’armée congolaise ont abandonné leurs positions au sud de Rutshuru et ont fui vers le nord en direction de Kanyabayonga, passant par Rutshuru et Kiwanja, mettant à sac les villes et les villages. Ils ont pillé les maisons, les magasins, les centres de soins, les camps de personnes déplacées et les bureaux des organisations humanitaires internationales. Dans leur fuite, les soldats ont laissé derrière eux des fusils et d’autre matériel militaire, les jetant parfois le long de leur route ».

Et même la mission onusienne était pointée du doigt par rapport à son inefficacité.

« La MONUC a établi à Kiwanja l’une de ses plus vastes bases de terrain, disposant  de 120 soldats de maintien de la paix, pour protéger les civils et les nombreuses agences humanitaires internationales installées à cet endroit et fournissant leur assistance dans la région. Pourtant, la MONUC n’a pas réussi à empêcher le CNDP de prendre Kiwanja et Rutshuru le 29 octobre, ni à empêcher les massacres et autres exactions commises par le CNDP et les combattants Maï Maï début novembre », ajoutait le rapport de HRW.

Aujourd’hui encore les familles des victimes réclament justice.

actualite.cd