Sacré Prix Nobel de la Paix 2018, le Médecin Directeur de l’hôpital général de référence de Panzi dans l’Est de la République démocratique du Congo ne pointe pas seulement du doigt les groupes armés dans les atrocités perpétrées en RDCongo. Devant le monde entier venu célébrer officiellement le couronnement de deux lauréats Dr Mukwege et Nadia Murad à Oslo, lundi 10 décembre, le Gynécologue Mukwege n’a avalé les mots. Pour lui, tous ceux qui se taisent devant l’humiliation du peuple congolais sont complices. Il appelle la communauté internationale à se joindre à eux dans la lutte pour redonner espoir à ce peuple.

 

« …Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public et en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales…Cela fait vingt ans, jour après jour, qu’à l’hôpital de Panzi, je vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays », a regretté devant une immense foule à Oslo, l’homme qui répare les femmes.

Se rappelant de l’état des victimes et leur avenir enfin du traitement, le Dr souligne que ces viols, utilisés comme arme de guerre, n’ont pour objectif que de détruire le tissu social non seulement en RDC mais aussi dans plusieurs pays du monde.

« Mais, permettez-moi de vous raconter l’histoire de Sarah. Sarah nous a été référée à l’hôpital dans un état critique. Son village avait été attaqué par un groupe armé qui avait massacré toute sa famille, la laissant seule. Prise en otage, elle a été emmenée dans la forêt. Attachée à un arbre. Nue. Tous les jours, Sarah subissait des viols collectifs jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. À son arrivée à l’hôpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni même tenir debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles. (…) Aujourd’hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante ; engagée à aider les personnes ayant survécu à une histoire semblable à la sienne. […] Si une femme comme Sarah n’abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ? », Interpelle-t-il, rassurant que des pays tels la République Centrafricaine, la Colombie, le Bosnie, le Myanmar, l’Iraq et dans bien d’autres pays en conflit dans le monde l’on trouve plusieurs Sarah.

Au regard de leur lutte contre ce fléau, Mukwege sait qu’« il y a toujours de l’espoir au bout du tunnel » quoique les difficultés puissent persister.

Aux congolais comme au monde entier, l’activiste des droits humains de renom international pique la conscience de tout un chacun.

« Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. […] 20 ans de crimes de viols en RDC, personne ne pourra dire : Je ne savais pas », a-t-il apostrophé.

Pour rappel, le congolais Dr Dénis Mukwege âgé de 63 ans et l’Irakienne Nadia Murad âgée de 25 ans, sacrés Prix Noble de la Paix 2018, ont reçu leur médaille d’or, un diplôme et un chèque de près de 880 mille euros ; en récompense de leur lutte contre les viols et violences faites contre les femmes depuis plus de 20 ans pour le cas de la République démocratique du Congo.

Les cérémonies de remise officielle se sont déroulées à Oslo dans la capitale norvégienne, ce lundi 10 décembre.

Patrick Kambale