Les violons sont loin de s’accorder entre deux camps notamment la coalition Lamuka soutenant le candidat malheureux de la présidentielle Martin Fayulu et le CACH du Président Félix Tshisekedi qui a remporté la présidentielle. Dans sa réflexion, intervenant au journal Kivuavenir.com sur les enjeux actuels, le Prof André Mbata, membre de la Dynamique des Professeurs et universitaires congolais croit que la « légalité » et la « légitimité » constitueraient désormais la matière d’un vieux débat. D’où, il appelle le peuple à se dépasser et à chacun d’apporter son grand savoir pour construire plutôt que détruire la nation.

L’élection présidentielle du 30 décembre, selon le Prof, est une double victoire et un signal fort dans la région de grands-lacs.

« Notre peuple a remporté de grandes victoires sur la dictature au cours de ces dernières années. Pour la première fois dans la sous-région, un dirigeant a été contraint de respecter la Constitution et a renoncé à un 3e mandat après plus de 2 ans durant lesquels ses partisans et lui-même avaient vainement utilisé tous les moyens pour nous convaincre que le Raïs était né pour diriger et diriger pour toujours !  Pour la première fois également, un candidat du parti au pouvoir a perdu l’élection présidentielle contre un opposant », salue le Professeur qui voit dans cette alternance « des avancées sur le chemin de la démocratie et de l’Etat de droit ».

D’après lui, pour un Etat en voie de la démocratie, il est normal que des controverses autour de tel ou tel autre point qui ont fasse objet de division, mais une division éphémère.

« La “Machine à Voter” (MAV), l’Accord ou le “Désaccord” de Genève, les résultats des élections du 30 décembre 2018, spécialement l’élection présidentielle, et la fameuse question de “la vérité des urnes” nous ont fortement divises. Rien d’étonnant ni de grave dans un pays qui aspire à la démocratie », estime-t-il.

Et pourtant, faut-il le souligner, le nœud de la division au sein de l’opinion depuis l’annonce de la victoire de Félix Tshisekedi repose sur la « vérité des urnes » évoqué d’ici et là pour remettre en cause la crédibilité de la CENI. Faute d’analogie entre la vérité sociologique et la vérité des urnes, celle-ci est d’application, selon André.

« Il existe une “vérité sociologique” et une “vérité judiciaire” des urnes. Quand elles ne sont pas identiques, c’est la dernière qui prime malheureusement […] L’ère de la pensée unique étant révolue, nous devrions nous interdire de jeter l’anathème sur d’autres personnes pour la simple raison qu’ils ne partagent pas les mêmes idées que nous ! », interpelle-t-il.

En outre, note le Professeur Mbata, quelles que soient nos critiques légitimes, lorsque la Cour constitutionnelle a vidé les contentieux électoral, les débats deviennent purement académiques et juste bons pour meubler les temps de loisirs des lors que nous ne pouvons rien y changer et un nouveau Président de la République a été investi comme c’est à présent le cas.

« …je ne pense pas que nous devrions passer notre temps à discutailler sur la “légalité” et la “légitimité” qui constituent la matière d’un vieux débat. Toute vérité est relative. Il en est de notre fameuse “vérité des urnes”, tout comme c’est le cas de la légitimité. […] Il est temps de reconsidérer les objectifs et les méthodes de lutte. Nous n’allons pas passer 5 ans à revendiquer notre propre vérité des urnes », lance-t-il.

La réussite de tel contre tel autre candidat ne devrait pas plonger le pays dans une situation incendiaire que tous regretterons enfin.

« Ce n’est pas parce que notre candidat bien aime a été ou n’a pas été proclame élu que nous verserions dans le triomphalisme ou le défaitisme qui déboucherait sur une certaine pyromanie intellectuelle qui nous amènerait à adopter l’attitude de Caligula en mettant le feu à la maison commune que constitue la Nation congolaise », prévient le Prof.

A présent, estime André Mbata, nous devrions chacune et chacun soit nous engager directement dans une opposition républicaine et ouverte, soit donner aux dirigeants élus une chance et mener une opposition constructive.

« Dans tous les cas, nous devrions rester critiques sans être asservis à qui que ce soit, de l’intérieur comme l’extérieur. Les échanges sur les réseaux sociaux qui frisent des appels à la haine tribale ou ethnique devraient être à jamais bannis de nos discussions », exhorte-t-il.

Sans vouloir justifier quoi que ce soit, renchérit-il, « il nous faut admettre qu’il n’y a pas eu inanition de la Nation. Plus d’une fois que le pays a été agressé ; pas d’Inanition de la Nation lorsque les résultats des élections de 2006 et 2011 n’étaient “pas sincères ni justes”; pas d’inanition de la Nation non plus  parce qu’il n’y a pas eu révision constitutionnelle donnant à Joseph Kabila une “présidence éternelle” ! »

« Je puis assurer qu’il n’y aura pas “Inanition de la Nation” parce qu’un candidat préféré n’a pas été proclamé élu président à l’issue de l’élection présidentielle de 2018! (…) Je comprends les rancœurs et les frustrations. Cependant, celles-ci ne peuvent nous amener à mettre la Nation en péril à travers nos discours savants », régurgite-t-il.

Chacun en ce qui le concerne, devrait apporter son expérience pour la reconstruction de la nation et rester tolérant vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions politiques que les nôtres.

« Il n’est pas bon que plusieurs d’entre nous qui prétendent ne pas faire de la politique deviennent plus intolérants que les politiciens que nous n’hésitons pas à jeter dans la “marre du Diable”. Que chacune et chacun de nous utilise son “grand savoir” pour construire plutôt que détruire », rappelle-t-il.

Pour rappel, l’opposition congolaise divisée en deux camps en pleine campagne électorale a gagné contre le candidat du pouvoir sortant. L’un des opposants, Martin Fayulu réclame la vérité des urnes estimant que son collègue opposant Félix Tshisekedi n’a pas été élu Président de la RDC. Toutefois, le nouveau Chef de l’Etat est en fonction depuis le 24 janvier courant ; date de sa prestation de serment.

La Rédaction