Un groupe de femmes de la communauté Samburu répudiées par leurs maris ont décidé de créer leur propre village dénommé Umoja. Bâti depuis 1991 à plus de 300 kilomètres au Nord de Nairobi, ce village florissant attire la curiosité et la jalousie des hommes habitant les villages voisins. Et pourtant, il est strictement interdit aux hommes d’y fouler leur pied.

L’origine du village Umoja remonte de 1990 lorsque des femmes avaient été violées sexuellement par des hommes armés britanniques. Considérées comme déshonorées, elles ont été réprimandées, battues par leurs propres maris puis répudiées puisqu’apportant ainsi une honte à toute leur communauté.

C’était une dizaine de femmes dont Naguei. Elles ont décidé de s’unir et ériger le village « Umoja » signifiant « union » pour se protéger contre toute menace et assurer leur indépendance. Construites en huttes dressées en cercle au milieu de la savane aride, entre buissons et acacias, aujourd’hui, Umoja est habité seulement par une quarantaine de femmes et près de 200 enfants. Il est devenu un refuge des femmes fuyant des ennuis familiaux tels les violences conjugales, les mariages précoces, les mutilations génitales et autres formes d’agression.

Considération de la femme dans la communauté Samburu

Le genre ou, du moins, les droits de la femme n’ont pas encore leur place dans la communauté Samburu jusqu’à nos jours. La femme ne peut parler ou se mettre débout alors que l’homme est assis.

« …dans la communauté Samburu, on a l’habitude de dire que les femmes sont le cou et les hommes, la tête ! Une femme ne peut pas être débout quand un homme est assis. Elle ne peut prendre la parole avant lui. Et si son mari veut la tuer, eh bien, il peut le faire », affirme Naguei, interrogée par J.A.

Dans cette communauté kenyane, la femme est « une machine » au service du patron, le mari. Elle travaille fort et ne peut se reposer qu’aux environs de 23 heures après avoir servi à manger à son mari.

« …c’est toujours la femme qui travaille beaucoup. Elle se réveille tôt, vers 3 heures, elle travaille toute la journée et se couche tard vers 23 heures. L’homme, lui, dort quand il veut et autant qu’il veut. A son réveil, il réclame son petit déjeuner, sort éventuellement le bétail de l’enclos et va dormir sous un arbre », révèle une femme dans le documentaire “Umoja, le village interdit aux hommes”.

A en croire nos sources, la communauté est totalement patriarcale à tel enseigne que la femme ne peut travailler au risque de prendre son indépendance vis-à-vis de l’homme. Plusieurs parmi ces femmes habitants le village Umoja encourent des menaces, des enlèvements, des tueries, de la part de leurs maris vexés par la vie qu’elles mènent et leur système économique « basé sur une démocratie totalement participative ».

Pour faire face à cette situation, ces femmes bénéficient d’un accompagnement des organisations internationales qui interviennent prioritairement dans l’éducation pour le changement de comportement.

« Nous apprenons aux femmes à se respecter, à respecter leurs corps, notamment pour se protéger du Sida. Elles doivent comprendre qu’elles sont en droit de refuser un rapport sans devoir craindre d’être battues ou violées », raconte Lolosoli Rebecca, une femme qui les accompagne.

A l’en croire, le village Umoja reste relativement méconnu au Kenya, et dans le monde en général. Mais, « pour que les mentalités changent, il faudra encore beaucoup de travail ».

Kivuavenir.