En invoquant « Satan » et le « mal », le pape François « n’a pas abordé directement les problèmes de l’Eglise », selon les victimes. Pour les mesures « concrètes », il faut encore attendre. Le pape François a conclu, dimanche 24 février, une inédite « rencontre sur la protection des mineurs dans l’Eglise » catholique, en cherchant à trouver une « signification » d’ordre théologique aux violences sexuelles sur mineurs au sein de son institution.

Derrière les abus sexuels, « il y a Satan », a-t-il affirmé lors d’un discours de clôture prononcé à l’issue d’une messe célébrée dans la salle Regia du Vatican, devant les 190 participants (présidents de conférences épiscopales, supérieurs d’ordres religieux…) de ce sommet réuni à Rome depuis jeudi. « Nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal flagrante, agressive, destructrice », a affirmé le pontife argentin.

Les représentants d’associations de victimes de différents pays, qui avaient fait le déplacement à Rome et réclament des décisions et des changements tangibles – renvoi systématique des prêtres fautifs de l’état clérical, révocation des évêques convaincus d’avoir protégé des coupables, publication des archives sur les abus et leur dissimulation… –, ont aussitôt manifesté leur déception.                                                      « Un blabla pastoral »           

« Honnêtement, c’est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l’Eglise », a commenté le Suisse Jean-Marie Fürbringer, place Saint-Pierre. « C’est très décevant, a regretté le Britannique Peter Saunders. Il n’y a rien sur la tolérance zéro, l’exclusion définitive de violeurs d’enfants et des agresseurs sexuels employés par l’Eglise !»                

 Prometteur dans sa conception et dans le contenu des interventions et des témoignages, le sommet peut laisser sur sa faim dans sa conclusion. A l’ouverture de ce sommet, le pape avait demandé du « concret » aux prélats convoqués pour un séminaire de prise de conscience collective et de lutte contre toute dissimulation des cas d’abus sexuels sur mineurs. Ces mesures concrètes sont encore en chantier.

Au terme de ces trois jours de travail, la conclusion du pape avait un double objectif. Le premier est d’affirmer la détermination de l’Eglise catholique à lutter contre un fléau dont elle est aujourd’hui consciente. « Si, dans l’Eglise, on détecte même un seul cas d’abus – qui représente déjà en soi une horreur –, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité », a dit le souverain pontife.

Journal le Monde.