La réflexion du Professeur André Mbata sur la situation électorale en RDC ne fait pas, du tout, l’unanimité au sein de la Dynamique des intellectuels congolais. En effet, dans une publication au journal Kivuavenir.com, le Prof André Mbata a souligné que la RDC ne tomberait pas dans « l’inanition » estimant que la question de la « légalité et de la légitimité constituerait désormais la matière d’un vieux débat ». Pour lui, il est temps de « tourner la page et avancer » pour la construction de la nation.

En réaction, le Professeur Antoine Ngute Novato, Président de l’Association des Professeurs de l’Université de Kisangani et membre de la Dynamique des intellectuels congolais, ne partage pas ce point de vue. Le peuple doit jouir du pouvoir de la liberté qui ne peut lui être restreint et dans le cas contraire, il vit autrement qu’humain.

« La lutte de la dynamique des professeurs et universitaires congolais a toujours été de rendre au peuple congolais sa dignité d’être libre. Et être libre, c’est avant tout avoir le pouvoir de choisir, notamment choisir ses représentants qui doivent gouverner au mieux de ses intérêts. Enlever au peuple ce pouvoir, c’est le traiter autrement qu’humain », souligne-t-il.

Contrairement aux herbivores qui meurent de faim dans le désert faute d’accès aux herbes, l’homme a la connaissance de ce qu’il veut et décide volontiers de tomber dans l’inanition. C’est dans la recherche du bonheur qu’il finit par découvrir qu’il a été dupé.

« …Raison pour laquelle les bons bergers font des kilomètres pour trouver du pâturage à leurs troupeaux. (…) C’est vrai que la nation, en sa qualité de nation, ne peut mourir d’inanition.  L’espèce humaine, dans sa dimension rationnelle, est encore plus édifiante : les hommes savent ce qu’ils veulent et parfois ils choisissent même de ne pas s’alimenter et donc mourir d’inanition puisqu’ils ont une capacité de représentation que les animaux n’ont pas. Au fait, Aristote et Rousseau ont reconnu que l’homme sait toujours ce qu’il veut, son bonheur. Il a souvent été dupé dans la manière d’obtenir ce bonheur, mais il se rend très vite compte de la supercherie », note-t-il.

A en croire le Prof Ngute, rien de vérité dans la situation électorale et donc, difficile de bâtir sur une supercherie.

« La situation des élections en RDC ne constituent même pas une duperie (la duperie insinue une intelligence qui trompe) mais un coup de force ressenti comme un coup de massue sur la tête des hommes et des femmes conscients dont on attend un défaitisme définitif. Comment demander aux Congolais de tourner la page ? C’est de quelle page qu’il s’agit ? Et tourner la page pour construire quoi ? Qu’est-ce l’on peut bien construire sur le mensonge ? », s’interroge-t-il.

D’après le Professeur, « seule la vérité libère l’homme. Telle devrait être la lutte de tout intellectuel conscient des enjeux de la vie. Ces enjeux ne sont pas la quiétude de ceux qui passent par la fenêtre car le propriétaire de la maison détient les clés des portes de sa maison. (…) C’est le devoir de la vérité et ce devoir n’a rien à voir avec des camps identifiés à travers des personnes ».

S’agissant de la légalité et de la légitimité, le Philosophe Ngute souligne que ces principes restent le fondement même de tout Etat moderne. Seulement en RDCongo, déplore-t-il, les lois sont faites mais non appliquées.

« Si la légalité et la légitimité constituent un vieux débat, qu’est-ce qui reste à l’Etat congolais comme Etat ? Les Etats modernes sont fondés sur la légalité et la légitimité. C’est le respect des lois qui fonde la légalité : les lois esclavagistes étaient légales parce que les esclaves eux-mêmes participaient à la rationalité de l’esclavage, notamment en obéissant à ces lois. Cela ne signifie pas que ces lois étaient bonnes. Depuis, le monde change et les lois aussi. En RDC, on fait les lois et on ne les respecte pas », explique-t-il.

Plus de confiance, selon le prof, dans les institutions judiciaires actuelles de la République démocratique du Congo puisque « inféodées au pouvoir ».

« Les institutions de justice elles-mêmes ne sont pas justes puisqu’inféodées au pouvoir. Ces institutions ne peuvent pas, pour nous intellectuels, constituer un véritable argument pour imposer qui que ce soit en dehors de la légitimité. La légitimité, c’est l’acceptation, l’adhésion à quelque chose ou à quelqu’un qui inspire confiance et espoir. Le pouvoir de Laurent Désiré Kabila, ne répondant pas au mode d’accession au pouvoir, était illégal, mais il était légitime puisqu’il avait l’assentiment du peuple fatigué par la misère imposée par Mobutu », estime-t-il.

Alors que le Prof André Mbata souligne que « lorsque la vérité sociologique n’est pas identique à la vérité juridique, la dernière l’emporte », il n’en est pas question pour le Président de l’Association des Professeurs de l’Université de Kisangani.

« Quand Albert Einstein parlait de la relativité, notamment de « l’espace-temps », il n’a jamais parlé en termes de primat. Si un Kinois dit qu’il fait 12h à sa montre et qu’un Boyomais dit en même temps qu’il fait 13 h, ils ont tous deux raison…Cela signifie que la vérité est une. Comment proclamer le primat de la vérité juridique à la vérité sociologique. Est-ce un aveu de l’apprivoisement de l’institution « cour constitutionnelle » ?  Si l’on reste dans la logique du primat du juridique sur le sociologique, l’on comprend que le peuple doit continuer sa lutte contre ceux qui disent le droit à la faveur du bourreau. Karl Marx avait raison. Qu’est-ce que la vérité judiciaire ? Le droit n’est-il pas finalement que la codification de la vérité sociologique ? », explique le philosophe.

Antoine Ngute croit que les arrêts de la Cour constitutionnelle ne sont pas inattaquables.

« Il ne s’agit pas de meubler notre temps de loisir. En vertu de quoi un magistrat peut-il renier au souverain primaire l’expression de sa volonté ? Dès lors, que reste-t-il au souverain primaire sinon de reprendre ses prérogatives ? Exemple donné par lui-même : la cour décide qu’Alphonse Maindo est une femme, allons-nous accepter ? Quand un peuple ne défend plus ses libertés, il est mûr pour l’esclavage, avait constaté Rousseau. Chacun a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes, (Martin Luther King), c’est ce que la loi fondamentale du Congo nous rappelle en son article 28. Et dans ce contexte, la réconciliation nationale prônée par le président négocié repose malheureusement sur la tactique du salami qui consiste à accuser de xénophobes tous ses détracteurs », conclut-il.

La Rédaction