Tout a commencé par des promesses non tenues, vous avez pris trop de retard d’abord, dans l’organisation des scrutins (de 2016 à 2018) et ensuite dans la publication des résultats. À chaque étape, votre organisation – la CENI – n’a jamais tenu parole en respectant ce que vous avez dit et promis. Vous n’avez pas respecté la date du 23 décembre 2018 que vous avez librement choisie – certes sur insistance de Mme Nikki Haley – pour organiser les scrutins.

Avec la même désinvolture, vous n’avez pas respecté la date du 6 janvier 2019 que vous avez librement annoncée pour publier les résultats des élections. Tous ces reports intempestifs, sans associer les acteurs concernés par les différents scrutins, ont conduit le peuple congolais à ne plus vous faire confiance. Votre refus de ne pas annoncer progressivement les résultats des PV qui vous parviennent pousse le peuple congolais à penser qu’il y a anguille sous roche, c’est-à-dire que vous cachez une intention malsaine de chercher la faille qui vous permettra de justifier le choix de l’homme du pouvoir qui a été massivement rejeté dans toutes les provinces. Vous pourriez par exemple prétendre que le dauphin du président sortant a été plus élu dans les localités que dans les grandes agglomérations. Ce qui est faux, conformément aux idées développées ci-dessous. Pour dissiper les attentes et les inquiétudes du peuple, vous auriez dû annoncer progressivement les résultats de l’élection présidentielle dans laquelle il n’y a eu que 21 prétendants. Or, vous ne l’avez toujours pas fait ? Pour quelle raison ?, car les prétextes que vous avez avancés jusqu’à présent sont fallacieux. Au vu de l’immense retard que vous avez pris, personne ne croira aux résultats que vous publierez s’ils ne reflètent pas la vérité des urnes. Voilà pour quelle raison le peuple vous demande de jeter l’éponge pour ne pas brûler notre pays. Vous êtes déjà out, comme le président Kabila qui refuse de quitter définitivement le pouvoir, conformément à l’article 220 de notre Constitution.

Revenons en arrière pour mieux comprendre le sens du rejet de notre peuple du candidat du FCC et dauphin du chef de l’État sortant.

Le peuple a voté pour mettre définitivement fin aux massacres et à la tyrannie du régime actuel

Les massacres de la population congolaise a commencé depuis l’entrée de l’AFDL en 1996 sur le territoire congolais, avec à la tête de cette organisation mafieuse un certain Hyppolite qui avait tiré sur les Congolais à Kisangani et à Tingi-Tingi. L’histoire des massacres des Congolais est bien documentée dans les différents Rapports des Experts des Nations unies, dans le Rapport Mapping publié par la même Organisation et dans les articles de nombreux journalistes qui se sont intéressés aux drames congolais, dont le camerounais Charles Onana. Dans ces articles et ses publication, Charles Onana revient régulièrement sur Monseigneur Muziruwa assassiné par le Front patriotique rwandais (FPR). Ce dernier a eu raison sur tout le monde lorsqu’il attirait l’attention des Congolais sur les intentions réelles des Tutsi rwandais sur l’Est de la RD Congo.. Charles Onana s’est abondamment documenté sur les massacres des Congolais au point de devenir un spécialiste incontesté avec une thèse de doctorat sur cette question. Des intellectuels congolais ont aussi écrit sur les crimes perpétrés par le régime actuel : massacres des adeptes de Bundu dia Kongo, massacres des adeptes de Kungubila, massacres des Kinois qui marchaient pacifiquement pour protester contre la révision de la Loi électorale, massacres des chrétiens à Kinshasa qui marchaient pacifiquement pour protester contre à la non-organisation des élections, massacres prémédités (génocide) des Kasaïens qui ont décidé de protéger leurs terres contre le pillage des matières premières. À tous ces drames s’ajoutent l’arrestation et l’emprisonnement des journalistes et des hommes politiques qui s’opposaient ouvertement aux crimes du régime. Sur cette liste, il faut ajouter aussi l’assassinat de deux experts des Nations unies dans le Kasaï parce qu’ils ont découvert l’origine des massacres. Tous ceux qui ont été tués et emprisonnés ont des membres de familles qui vivent. Depuis 1996, le peuple congolais assiste impuissant aux différentes formes de violence du régime. Monsieur Corneille Nangaa, vous devez comprendre aisément que les Congolais meurtris ont utilisé les élections pour sanctionner le pouvoir qui ne les a jamais protégés. Quelles sont les raisons qui peuvent pousser les habitants de Kisangani, de Beni, de Butembo, de Bunia, de Goma, de Bukavu, du grand Kasaï, de Mbanza-Ngungu, de Luozi, Matadi, Boma, etc. à voter le candidat du FCC et dauphin du président sortant ? Aucune. Mais alors aucune, car les Congolais n’ont rien tiré de ce régime ignoble : ni paix, ni développement économique. Rien, sinon la misère et l’abandon face à l’orgueil des dirigeants. Pour eux, les élections ont été l’occasion inespéré pour punir les dirigeants et tourner définitivement la page honteuse de la dictature. Monsieur Corneille Nangaa, si vous proclamez M. Ramazani Shadary, sachez que personne ne croira que le peuple congolais est devenu subitement amnésique au point d’élire le représentant de son bourreau. Non, le mensonge sera trop gros et trop pesant. Je vous rappelle que le 18 août 2018, le journaliste Hubert Leclercq a publié, dans la Libre Belgique, un article intitulé La candidature de Shadary Ramazani « doit être invalidée ». En le titrant ainsi, Hubert Leclercq n’a fait qu’exprimer le point de vue des Congolais profondément désarçonnés par le pouvoir tyrannique sortant. Le 25 août 2018, l’abbé Germain Nzinga Makitu a publié sur les réseaux sociaux un papier intitulé : Les incohérence notoires d’une CENI qui a perdu toute neutralité. Même l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, de la même obédience que vous, a pris position en disant ouvertement : Je ne voterai jamais Shadary. Tous ces propos ont clairement montré, avant le scrutin, le rejet du candidat Ramazani Shadary.

Le président du Sénat, Kengo wa Dondo, a vendu la mèche

 Lorsque le président sortant a mis en place le FCC (que nous avons automatiquement qualifié de « Fédération des Congolais Corrompus ») et lorsqu’il avancé le nom de son dauphin sans consulter le FCC, nous avons dit que le président Kabila s’inscrivait dans la ruse russe de Poutine-Medvedev, certains Congolais ont maladroitement critiqué notre analyse parce qu’ils ne comprennent rien à l’art politique (analyse de vrais enjeux). Quelques jours plus tard, le président du Sénat, Kengo wa Dondo, nous a donné raison. Au cours d’une interview accordée à Radio France Internationale (RFI), le président du Sénat a estimé que « Joseph Kabila a toutes les chances de revenir aux affaires au cas où son dauphin remportait la présidentielle du 23 décembre ». Kengo wa Dondo a essayé de justifier son idée par le scénario russe entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev qui se partagent les postes de président de la République et du chef du gouvernement, depuis près de 20 ans. Pour lui, la désignation d’Emmanuel Shadary permettra à Joseph Kabila de revenir aux affaires plus tard sans obstacle. « Analysons tout, il fait passer Ramazani, Ramazani peut être élu une fois, lui peut revenir. Moi, je crois qu’il a bien joué. S’il revient après, il peut rester autant qu’il veut », a-t-il déclaré. Les Congolais ont bien entendu cette déclaration. Puis, au cours d’une interview (RFI), le président Kabila a lui-même confirmé son intention de revenir au pouvoir en 2023 après l’élection de son dauphin, car, dans sa tête, il croit que tout doit se passer comme il a planifié. Alors, Cher Compatriote Corneille Nangaa, pensez-vous que le peuple congolais est naïf et amnésique au point d’oublier ce que M. Kengo a dit de ce qui se passerait au cas où M. Ramazani Shadary serait proclamé nouveau président de la République ? Pensez-vous un seul instant qu’après avoir tant souffert sous le régime ignominieux de M. Joseph Kabila, les Congolais peuvent accepter la ruse russe de Poutine-Medvedev ?

Après avoir brûlé le dépôt de la CENI pour faire croire que les machines à voter (que nous avons qualifiées de machines à voler les voix des électeurs) étaient calcinées (vous n’avez jamais montré les carcasses de ces machines pour confirmer le nombre de machines détruites), après avoir coupé l’internet sans au préalable informer les usagers, après avoir renvoyé le représentant de la mission de l’Union européenne et la journaliste de RFI, après la « désorganisation organisée » des scrutins électoraux du 30 décembre, veuillez annoncer les résultats conformes à la vérité des urnes pour ne pas brûler inutilement notre pays à l’instar du dépôt de la CENI où l’incendie a été annoncé à 22h19’ par le conseiller diplomatique, en la personne de M. Kikaya Karubi, alors que le feu n’a commencé qu’à 02 heures du matin, soit une différence de 4 h entre l’annonce et la réalité des faits. N’est-ce pas étrange !

Le peuple vous demande de ne pas brûler inutilement notre Congo

Vous avez déjà accusé les prêtres d’être responsables du soulèvement populaire qui suivra votre annonce du gagnant de l’élection présidentielle. Si vous avez réfléchi ainsi, cela signifie que vous annoncerez un candidat qui n’a pas réellement gagné (cette déduction vient de la psychologie sociale), autrement pour quelle raison le peuple se soulèverait-il ? Dans sa réponse, la CENCO a déjà rendu à la CENI responsable de ce qui suivra si les résultats ne correspondent pas à la vérité des urnes. La CENCO s’est donc lavé les mains. Vous êtes seul responsable.

Le Congo restera après notre passage sur cette terre. Vous avez l’obligation de préserver l’avenir du Congo en déclarant uniquement la vérité des urnes. C’est par cette voie que vous entrerez dans l’histoire du Congo. Ne suivez pas la voie du mensonge de vos prédécesseurs : l’abbé Malu Malu et le pasteur Ngoy Mulunda. Vous avez une lourde responsabilité – je dirais une responsabilité historique. Serez-vous à la hauteur ? Le peuple attend sereinement le verdict. L’avenir immédiat de notre pays est sur vos épaules. Même si vous savez clairement que le pouvoir tyrannique ne vous laissera pas prendre le micro pour prononcer un nom autre que celui qu’il vous a déjà imposé, soyez conscient des enjeux et préférez la paix du pays à la révolte des citoyens. Le nom d’un candidat a été chanté partout devant les deux autres candidats pour marquer la préférence des électeurs. Vous le savez bien. Le mensonge ne vous apportera que des ennuis dans la suite de votre vie. En ce moment crucial, rappelez-vous que le pouvoir actuel a toujours menti et le peuple congolais le sait : assassinat de L.-D. Kabila, du colonel Ndala, etc. Il a menti en 2006 contre Jean-Pierre Bemba et en 2011 contre Étienne Tshisekedi. Alors, regardez-vous devant le miroir et dites : je suis Congolais et le peuple attend que la vérité sorte de ma bouche. Demain, nous reconstruirons ensemble ce que le régime actuel a détruit.

 

Fweley Diangitukwa