L’opacité sur la vérité des urnes après les élections du 30 décembre 2018 en RDCongo s’accentue et inquiète de plus en plus l’opinion nationale et internationale. Les membres des organisations du réseau de surveillance citoyenne des élections restent préoccupés par le manque de transparence dans le dépouillement et la transmission des résultats au serveur central de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Ils redoutent le tripatouillage des résultats des urnes pour donner une occasion aux dirigeants actuels qui n’ont aucune volonté de quitter le pouvoir.

« Qui contrôle le serveur central de la CENI ? », s’interrogent cette coalition des organisations des défenseurs des droits humains en RDCongo. En effet, dans une déclaration rendue publique ce jeudi 03 janvier et consultée par la rédaction de Kivuavenir.com, le Réseau dénonce l’exclusion intentionnelle par la CENI des témoins, des observateurs et des journalistes de participer à l’opération de compilation des résultats ; en violation de la loi électorale qui donne plein droit à ceux-ci d’y prendre part.

« Les organisations membres du réseau de surveillance citoyenne sont profondément préoccupées par la création d’une opacité autour du dépouillement et de la transmission des résultats du scrutin du 30 décembre 2018 au serveur central de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), à Kinshasa. […] Le réseau Tous Electeurs – Tous Observateurs relève que lors de la transmission des résultats au serveur central, des témoins, observateurs et journalistes ont été écartés du processus, dans plusieurs circonscriptions électorales », dénonce Maitre Hubert Tshiswaka de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) ; une organisation membre du Réseau de surveillance.

Alors que la loi électorale en ses articles 61, 62, 66 et 70 clarifie les différentes personnes qui doivent participer aux opérations électorales jusqu’à la fin de la compilation des résultats.

« Et pourtant, afin de rassurer les citoyens de la véracité de la désignation des dirigeants de leurs choix, le législateur de la République Démocratique du Congo (RDC) a voulu que : (i) les procès-verbaux des votes ainsi que les fiches des compilations des circonscriptions de vote soient contresignés par les membres des bureaux et les témoins (art.61, 66 et 70) ; (ii) le dépouillement se fasse devant des témoins, observateurs, journalistes et cinq électeurs désignés (art.62) ; et (iii) conformément à l’article 69 des mesures d’application de la loi électorale qui veut que les fiches des résultats soient transmises au siège de la CENI, telles que contresignées au bureau de vote », soulignent ces défenseurs des droits de l’homme.

Ces activistes, dénoncent également des cas de violation des droits des témoins et observateurs dans plusieurs bureaux de vote sur l’étendue nationale.

« …lors de la transmission des résultats au serveur central, des témoins, observateurs et journalistes ont été écartés du processus, dans plusieurs circonscriptions électorales. Par exemple :
1. Des observateurs ont été molestés par les forces de sécurités, à Kinshasa et Mbuji-Mayi ;
2. Des observateurs et des témoins des partis politiques ont été chassés des bureaux de vote de Kinshasa, Lubumbashi, Kindu, Walungu, Bandundu Ville et Mbandaka ;
3. Des témoins des partis politiques ont été chassés et tabassés à Malemba et Manono ;
4. Des témoins et observateurs de la société civile ont été arrêtés à Bukavu ;
5. Enfin, la majorité des bureaux de vote avait refusé de remettre des copies des Procès-Verbaux aux témoins », renseignent-ils.

Toutes ces violations, s’il faut en croire le législateur congolais dans la loi électorale, sont un motif valable pour annuler les résultats des scrutins.

« A son article 62, dernier alinéa, la loi électorale en vigueur dit en substance que l’absence des témoins, observateurs et journalistes provoquée de manière intentionnelle et en violation des dispositions de la loi électorale, soit un motif valable d’invalidation du scrutin », interpellent les membres du Réseau.

Ces organisations citoyennes craignent que tout ceci ne soit organisé intentionnellement par la CENI pour donner une occasion au gouvernement actuel de récuser les résultats du vote.

« Le réseau de surveillance citoyenne sonne l’alerte sur le risque de modification des résultats, lors de la transmission ou à l’arrivée au serveur central, loin des témoins, observateurs et journalistes. En plus, il craint que la CENI n’organise délibérément des opérations de dépouillement et compilation des résultats en dehors des conditions de transparence, afin de donner une occasion de les annuler, au Gouvernement du Front commun pour le Congo (FCC) qui ne veut pas quitter le pouvoir », redoutent ces activistes des droits humains.

Par voie de conséquence, le réseau recommande :

– A la CENI, de prendre toutes les dispositions qui s’imposent, afin de faciliter aux témoins, observateurs et journalistes de savoir ce qui se passe au serveur qui a déjà reçu des résultats des centres de compilation ;
– A la CENI de s’ouvrir aux observateurs et témoins des partis politiques qui peuvent certifier que les résultats issus du serveur central correspondent effectivement à ceux obtenus par le comptage manuel des différentes missions d’observation électorale.
– Et au Procureur Général près la Cour de Cassation d’ouvrir une enquête judiciaire sur des informations récurrentes sur l’éloignement intentionnel des témoins, observateurs et journalistes du processus électoral.

Notons que parmi les membres du Réseau de surveillance signataires de la présente déclaration citons MAWANZO Espérance, pour l’Observatoire de la Parité (OP) ;
Maître TSHISWAKA Hubert, pour l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) ;
Professeur NDAYWEL Isidore, pour le Comité Laïc de Coordination (CLC) ;
Maître KAPIAMBA Georges, pour l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ) ;
TSHOMBELA Jonas, pour la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC).

La Rédaction.